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                       C’est arrivé très vite. Mes lectures dérivèrent peu à peu vers des livres de cuisine, diététique, économie de l’agroalimentaire etc… A force, il me paraissait de plus en plus impensable de consommer tel produit, ou d’acheter celui-là. Je m’autorisais même parfois un passage -furtif- au milieu du rayon bio, armé de mon courage et de mon cadi. Je n’étais pas aidé : le bio devenait de plus en plus accessible. Très vite, les premiers symptômes apparurent. Je regardais les étiquettes des produits et/ou leur origine de production. Je virevoltais avec de plus en plus d’aisance entre les termes d’additifs « E200 » etc… Bref, je mange bio. Suis-je devenu un bobo parisien dégoulinant de progressisme irréfléchi ? Du type que la société rejette, et que je raillais aussi tel un roux.

Non, impossible, je ne suis même pas végétarien ! Ou alors je ne suis pas vraiment bobo ? Est-ce que bobo = bio ou est-ce une terrible méprise ? Ô rage ! ô désespoir ! N’ai-je donc pas le droit de consommer mes brocolis bretons tranquillement ? Je décidai donc d’allouer 3 neurones à cette question.


Remarque : puisque j’en parle plus tard, je précise dès maintenant que je ne fais pas d’amalgame entre « bons produits » et « produits bio », l’un peut aller sans l’autre. Cf partie sur le marketing. Par ailleurs je vous invite à lire la dernière partie avant de critiquer ma façon de définir « bobo parisien ».

 Billet Bio - Instagram - Confession d'un enfant d'Y - Génération Y

Économiquement le bio, c’est quand même cool

                         Tout d’abord regardons un peu l’aspect économique du bio. C’est un secteur en plein essor avec 20% de croissance entre 2015 et 2016. Les exploitations bio représentent maintenant près de 6% du territoire agricole français. Entre fin 2015 et le 30 juin 2016 on compte 10% de producteurs bio en plus, et 6% « d’opérateurs en aval » supplémentaires (transformateurs etc…). 2016 est donc une année record, et il y a fort à parier que les années suivantes fassent constamment mieux.

L’économie agricole en PLS

                  La filière agricole française est en crise, ce n’est plus un secret. Prévisible d’ailleurs puisque nous sommes un pays voulant avoir le prix du marché international tout en imposant des normes sanitaires très sévères et un coût du travail élevé. Alors c’est très bien pour la santé publique (donc l’Etat sur le long terme : cf assurance-maladie). Pourtant il est sûr que ça a un prix. L’industrie agroalimentaire et les consommateurs ne voulant pas faire d’effort, ce sont les producteurs qui ont morflé. Il faut bien dégager les économies demandées quelque part après tout !

En 50 ans, la part de budget alloué à l’alimentation dans un ménage est passé de 35% à 20%. La marge du producteur devient de plus en plus ridicule pour que nous, citoyen lambda, puissions acheter un produit français au prix d’un produit espagnol ou bulgare. De l’autre côté, le géant de l’agroalimentaire ou de la distribution explique –affectueusement– au paysan que s’il ne veut pas perdre le contrat il faut s’aligner sur le prix du Turque.

Remarque

Remarque : encore aujourd’hui il est nécessaire de parler de « d’économie monde ». Deux grandes tendances populistes me donnent régulièrement envient d’euthanasier une partie de l’électorat. La première consiste à OUBLIER le principe de compétitivité. C’est par exemple mettre une taxe spécifique aux entreprises françaises les rendant plus chers que tous les concurrents étrangers. L’autre consiste à voir le problème sans le COMPRENDRE. On va alors tomber dans le protectionnisme que l’on sait désastreux à une économie sur le long terme. Rappelez-vous qu’un pays comme le nôtre est un exportateur, si l’on impose une taxe protectionniste d’un côté on aura mal quand les autres pays ne se gêneront plus pour faire pareil. Vous pensez bien que si l’on essaie depuis un siècle de créer des zones économiques de libre-échange ce n’est pas que de la déco…

Le bio nous pardonnera, comme il l’a fait pour Judas ?

                        D’un aspect complètement chauvin du coup, le bio c’est super ! Puisque le bio joue sur la qualité, on a un avantage considérable ! Nos normes sanitaires rendent la passation au bio bien plus facile que pour d’autres pays. Par ailleurs la qualité de nos sols et le savoir-faire français en la matière sont reconnus. On en revient à la théorie des avantages comparatifs (Ricardo, 1817). L’ouvrier qualifié vietnamien coûte 2€/h contre 20€/h minimums en France. A l’inverse l’ouvrier vietnamien aura beaucoup de mal à approcher la qualité d’un ébéniste français ou les performances d’une start up de la Fintech. Chacun se concentre dans ce dans quoi il est bon, et les hippopotames seront bien gardés.

Enfin, les consommateurs de bio sont souvent les mêmes à faire un peu attention à l’écologie. Hors importer des salades de Scandinavie ou des pastèques de Haiti (cherchez pas, ça n’existe pas), c’est pas très eco-friendly ! Une salade française sera d’excellente qualité et son transport rejettera bien moins de pollution. En plus le produit par son transport peut perdre certaines qualités nutritives. Du coup c’est encore une aubaine pour l’agriculture française : on est l’un des pays agricoles les plus performants d’Europe ! Importons ce qu’il est nécessaire d’importer, mais prenons la responsabilité en tant que consommateur d’acheter locale quand c’est qualitatif. Il est primordial de rappeler que votre carte bleue est un bulletin de vote permanent, militant selon vos choix !

=> article annexe 1 (le figaro) / article annexe 2 (le figaro)

Remarque : je parle beaucoup dans cet article d’alimentation, mais il faut rappeler que appellation Bio peut concerner pleins d’autres produits. Dans certains cas l’utilité est limitée, mais d’en d’autres il y a une raison. J’ai découvert par exemple la marque de vêtements « Le T-shirts Propre ». Le fait de faire un t-shirt bio permet un impact énorme sur environnement et la diminution du risque sanitaire comme le montre leur explication très bien faite (ici) !

Socialement, c’est pas si mal non plus

                        J’en parlais déjà dans le billet avec sur la RSE : la caractéristique bien connue de la génération Y est la quête de sens. Elle semble d’ailleurs être reprise par la génération Z, qui arrivera très bientôt sur le marché de la consommation et du travail.

 Scandale meme - lapin chasseur - génération y - alimentation - confession d'un enfant d'y - bioLa génération Y et la perte de confiance envers l’agroalimentaire

                    Que propose-t-on aujourd’hui ? Des scandales, et de plus en plus. Cette génération Y apprend au détour d’un journal que son poney shetland « Petit Tornade » a peut-être fini en « Hachis Findus ». Que le muesli qu’on lui vante depuis des années ne serait en fait pas si bon (cf pesticides + débat sur les céréales). Cette génération se renseignant de plus en plus par ses propres moyens (culture internet), elle lira peut-être le livre de Christophe Brusset « Vous êtes fous d’avaler ça », où elle apprendra comment faire de la confiture de fraises sans fraises (du génie). Peut-être lira-t-elle l’un des livres de Michel Cymes où on lui dira que le gluten est surtout marketing (ce qui fut remis en cause dernièrement, affaire à suivre mais actuellement rien ne prouve une contre-indication scientifique).

Cette génération comprend peu à peu qu’on lui vend beaucoup d’inutile et de rêve. Elle voit surtout que sa santé n’est pas exactement entre les meilleures mains. L’industrie agroalimentaire mondiale est une catastrophe aussi bien au niveau écologique que sanitaire. L’Europe n’est d’ailleurs pas la plus à plaindre. La Chine a un vrai problème de confiance des consommateurs à force de scandales de plus en plus meurtriers ! De notre côté, on tente de tout réguler dans notre monde qui change constamment. Penser que la législation permet la protection est stupide : une loi dans ce genre de secteur très innovant est votée après que le mal soit fait. Ce qu’il faut ce sont des associations de consommateurs fortes. On peut citer Foodwatch (bien développée en Allemagne). Si nous nous permettions d’avoir en France deux ou trois associations indépendantes et fortes veillant à la sphère alimentaire, nous serions en partie protégés.

Tout n’est pas noir ou blanc

                       Malgré ce que je viens de dire, blâmer exclusivement le secteur agroalimentaire serait une bêtise ! Ce type d’entreprises emploie des milliers de personnes, et est soumis à la concurrence internationale. Le dirigeant doit donc constamment ajuster ses prix à la concurrence (parfois déloyale) afin de faire durer son business. S’il rate ce sont des emplois qui sautent et des familles face au chômage. Alors que fait-il ? Il s’aligne sur la concurrence toujours plus draconienne. Quelques centimes feront la différence entre un supermarché qui distribue vos produits ou un fabricant les achetant.

Bien sûr dire que ce sont tous des agneaux serait aussi stupide que de dire que ce sont tous des enfoirés. Pourtant je me permets quand même de signaler cet autre aspect du problème. Espérons que le débat s’oriente sur la réelle solution et non sur les différentes conséquences d’un problème global, comme c’est trop souvent le cas.

Des agriculteurs à bout de souffle 

                        Par ailleurs, on voit un milieu agricole en crise identitaire. Le taux de suicide y est record, avec un agriculteur qui met fin à ses jours tous les deux jours ! Si l’on étudie un peu plus sa vie c’est en réalité la conséquence d’une profonde perte de sens. Il n’est plus que le bras physique d’un marché bien trop gros pour lui. Son travail, autrefois si valorisant, devient de plus en plus vide de sens.

Malgré des agriculteurs très qualifiés, ils ne sont plus considérés comme les indispensables travailleurs qu’ils sont. Cette reconnaissance sociale est primordiale dans un métier que l’on ne commence pas pour faire fortune ! En cela, le bio et la production locale sont des moyens de remettre ce travailleur de la terre au centre de nos préoccupations. Il peut ainsi retrouver sa place dans la société et le sens de son travail. La production bio et locale, par sa taille plus humaine, permet aussi de le sortir de sa solitude car il peut être au contact des clients lors de l’utilisation -de plus en plus important- des circuits directs. Ils sont ainsi toujours autant indispensables à la société, mais soutenus par celle-ci car intégrés socialement.

Meme - l'amour est dans le pré - confession d'un enfant d'y - génération y - bio - alimentation - agriculture

J’ai beaucoup hésité, mais la provoc l’emporte toujours…

La demande de bio par la génération Y

                        On parle de la quête de sens des agriculteurs et d’intégration sociale des agriculteurs, mais nous pourrions aussi parler de celles de la génération Y (et Z) ! Ce qui est recherché par le paysan n’est pas spécifique à sa profession mais à l’humain et à la société. De plus en plus, le consommateur cherche à consommer de manière « consciente ». Il ne veut plus simplement que son steak ou ses champignons soient bons, il aimerait que l’acte d’achat engendre plus. Ainsi, le bio et le local sont des habitudes qui s’intègrent dans la vision de l’expérience client. Une entreprise comme Apple comprend parfaitement le principe de valeur ajoutée à un produit. De la même manière que l’Apple addict achètera le nouvel iPhone pour revendiquer ses valeurs, le consommateur achètera bio, équitable ou local pour les mêmes raisons.

Le milieu de l’entreprise depuis 20 ans a changé du tout au tout. La dimension d’expérience client est arrivé au cœur de l’économie. Les marques n’y arrivant pas finissent même par engager un consultant payé l’équivalent du PIB du Yémen afin d’espérer ne pas louper le tournant. Les rares ne le faisant pas oublient quant à eux que rester à flot n’est pas vivre. De la même manière qu’on peut se passer d’internet dans un magasin de quartier, on peut se passer de RSE ou d’expérience client dans une entreprise, mais est-ce qu’on y gagne ? Non. Faire ça revient à vouloir courir un 100 mètres sans avoir soigné ses hémorroïdes : c’est faisable mais pas optimal.

Billet bio - agriculture - génération Y - alain chabat - cité de la peur

Alain chabat vous confirme que c’est pas optimal

Marketing du bio et autres complots illuminati

« Le bio c’est que du marketing pour qu’on paie toujours plus, ils veulent nous sucer toute notre oseille ces enfoirés ». Robert, 53 ans et disposant bien sûr d’un doctorat en politique de concurrence (et une licence en lettres -très- modernes).

                         Alors oui, le bio permet de payer les vacances d’hiver d’un certain nombre de marketeurs. Est-ce que pour il est plus travaillé que sur d’autres produits ? Non. Ce que le marketing fait c’est simplement cibler une clientèle encline à consommer bio en se demandant « comment faire ». Du coup on va avoir le droit à une mise en avant d’un rayon aux couleurs vertes, à des emballages écolos ou encore à des arguments sur la santé couvrant le packaging. C’est un fait, je comprends que des gens n’apprécient pas, mais est-ce que pour autant tout est à jeter ?

Manger bio par mode ?

                           On arrive ici à la raison de la « remarque » de début d’article (après l’introduction). En fait il ne faut pas confondre deux choses : acheter des produits bio, et acheter des produits parce qu’ils sont bio. Consommer bio pour consommer bio, c’est stupide ! Ce que je veux dans mon assiette c’est un bon produit, afin d’éviter les transformations industrielles. Celles-ci dégradent la teneur en nutriments et/ou augmentent les substances mauvaises pour l’organisme (perturbateurs endocriniens notamment). A force d’un besoin de rentabilité les producteurs cherchent souvent un rendement maximum. Souvent celui-ci se fait au détriment de la qualité. Que ce soit par l’utilisation de certaines substances chimiques ou par des méthodes de conservation. A partir de ce constat j’utilise le contrôle par les labels « bio » afin d’éviter au maximum les risques de ne pas consommer exactement ce que je veux.

Pour autant un produit peut-être très bon et non bio, ou même bio et mauvais ! Ce n’est pas parce que l’on bouffe de la m**** labellisé « bio » qu’elle en devient bonne. Pour schématiser grossièrement, si votre café est bio que pouvez-vous en boire 17 tasses par jour ? Non. C’est pareil avec le reste.

Les labels – gros potentiel pour l’arnaque

Labels bio - faux - génération Y - alimentation - confession d'un enfant d'y

Des exemples de faux labels bio (source : energie nouvelle)

                            Là où il faut être vigilant par contre c’est sur les marques utilisant les codes du bio afin de tromper le consommateur n’étant pas assez attentif. Alors qu’un label sérieux permet la bonne information du consommateur, ceux-là sont tout autres. On peut citer par exemple les marques créant leur propre label (article pour les connaître ici). L’important n’est pas que le label soit dit « bio », mais que le label soit reconnu pour sa qualité ! N’importe quelle marque peut décider de faire un label vert pomme à l’inscription « bio ». Mais les critères pourront être peu (ou pas) sélectifs, et/ou sans contrôles. De manière moins tordue, beaucoup de marque utilise le code couleur et packaging du bio. Elles donnent l’impression d’un produit sain. Ce n’est pas parce que votre emballage de compote est vert avec des arbres qu’elle est saine. Du Desigual dans un beau paquet cadeau reste du Desigual

Bon, du coup suis-je une tête à claques ?

                 Pour pleins d’autres raisons j’imagine que oui. Pourtant consommer bio (et local) ne fais pas d’une personne un fragile insupportable (et je ne parle pas ici de la « fragilité » que théorise Nassim Taleb mais bien celle théorisée par Stallone).


MUST READ (si vous avez lu en diagonal, c’est pour vous)

                    Le secteur de l’agroalimentaire va mal, mais un vent récent réveille peu à peu les conscience. La quête de sens et d’éthique des nouvelles générations permet de grandes avancées. Malgré des scandales, nous sommes plutôt bien protégé en France. Pourtant nous pourrions faire bien mieux. En plus d’un changement des mentalités, il est nécessaire de donner aux citoyens les bons renseignements. Ainsi en parallèle d’une prise d’importance des associations de consommateurs, promouvoir les bons labels serait très bénéfique.

Ces points, si ils sont fait correctement, permettront de rendre le bio plus accessible tout en faisant comprendre qu’investir un peu plus dans son alimentation c’est investir beaucoup plus dans sa santé. Cela résulterait d’une revalorisation des métiers de l’agriculture, qui souffrent beaucoup en ce moment. Mais les répercussions vont plus loin car la France, en termes d’avantages comparatifs, a intérêt à produire du bio. Enfin l’aspect écologique est non négligeable : les produits bio détériorent moins les sols, et limitent les risques de pollutions accidentelles. Si en plus les produits sont locaux, la pollution par la transport sera aussi évitée (et le produit perdra moins de ses propriétés).

En cela, consommé bio et local peut même être un acte citoyen. Que vous coûte-t-il d’éviter l’achat de quelques produits afin d’en promouvoir de bons ? Là où il n’y a pas de demande, il n’y pas de marché. l’Etat a bien sûr sa part de responsabilité et se doit de faire son possible, mais le plus grand pouvoir revient à l’éveil de la conscience collective.


Revenons un instant sur ce « bobo parisien » que je tacle 

                    Si des gens se sont senti accusés à tort de « bobo parisien tête à claques » aujourd’hui, je m’en excuse. C’est bien sûr une image ! Il n’existe à ma connaissance pas de terme pour décrire le progressisme à outrance et pour de mauvaises raisons. Cherchant le changement pour le changement et non pour l’amélioration. Ayant parfois si peur de passer pour des réacs, qu’ils feraient bouffer à leur gosse n’importe quoi pour peu qu’Oprah Winfrey ou Psychologie Magazine l’aient conseillé. On voit ça de nos jours avec des vegans ne connaissant pas la nécessité d’un complément en vitamine B12 par exemple.

Il est bon parfois de rappeler que tout n’est pas noir ou blanc. Ce qui est nouveau n’est pas forcément mieux ! Soyons capables d’avoir l’esprit critique nécessaire à la réflexion sceptique. Ne plongeons pas tête la première dans la dernière mode ou le dernier complot.


Merci de votre lecture ! 

Etienne Ldva


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