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Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise situation mais…

               Dernièrement, le célèbre Washington Post changea son slogan pour « Democracy dies in darkness« . Eux faisaient référence à Donald Trump, mais beaucoup de pays pourraient le dire pour d’autres raisons. Bien que nous n’ayons pas Trump au pouvoir, notre système de vote, comme celui de la plupart des démocraties du monde, est totalement stupide. En plus de posséder de nombreux défauts sur le côté « pouvoir du peuple », l’avis même de celui-ci est mal représenté. Notre système avantage les extrêmes et les jeux de pouvoir. Les politiques doivent sélectionner une audience et miser dessus pour gagner, au lieu de parler à tous les citoyens. Parlons donc aujourd’hui du Jugement Majoritaire.

Pourquoi le système à deux tours existe ?

Enfant - Jugement Majoritaire - Confession d'un enfant d'Y

Sale gosse…

                     Vous vous souvenez de la personne que vous ne pouviez pas blairer à l’école ? Imaginez qu’elle se présente aux élections pour devenir délégué de classe. En face se présente votre meilleur(e) ami(e) et une tierce personne que vous ne détestez pas sans l’aimer pour autant. Il y a 30 élèves dans la classe (oui « seulement », c’est un cas fictif je sais). 13 votes pour l’abruti, le reste se partage équitablement entre votre ami(e) et l’autre. Les 27 personnes n’ayant pas voté pour l’abruti ne peuvent pas le supporter. Si le système n’avait qu’un tour, il aurait malgré tout été élu.

Le système à deux tours, c’est un moyen de prendre en compte le fait qu’on puisse, à défaut d’avoir un candidat que l’on veut, exprimer notre refus d’un autre.

Un système inefficace 

                         Les limites d’un tel système sont nombreuses. En 2002, nous en avons l’exemple probant : le 2e tour Jean-Marie Le Pen contre Jacques Chirac. Était-ce réellement une volonté démocratique ? Pas vraiment. Il y avait 16 candidats : 9 de gauche, 6 de droite et 2 centristes. Durant le premier tour, les votes de l’électorat de gauche se sont dispersés auprès des 9 candidats de cette sensibilité politique. Il firent tous des scores assez honorables, dont le record historique du parti écologiste avec Noel Mamère et ses 5,25%. Le problème, c’est que le candidat de gauche favori, Lionel Jospin, n’eut à cause de cela que 16% et descendit en dessous de Jean-Marie Le Pen. Le 2e tour donna une victoire de 80% par Jacques Chirac car à défaut de d’être aimé, il n’était pas détesté.

Démocratie ? Vraiment ?

                           Brièvement, on voit le problème : est-ce vraiment de la démocratie ? Cela ne reflète pas réellement l’opinion d’un peuple. En fait, il est impossible de résumer l’opinion nationale avec une simple question binaire « oui ou non ». Par ailleurs, on est jamais à 100% pour un candidat (sinon il y a un problème) : on partage un pourcentage plus ou moins important de ses idées. On ne peut donc pas s’exprimer sur notre « pire cas », le candidat que nous n’aimerions vraiment pas. Ce serait une question intéressante si on parle d’un leader de la nation, non ?

C’est pas la taille qui compte 

                          Les petits candidats sont aussi en reste dans ce système. Le « vote utile » (fait de ne pas voter pour celui qu’on aime le plus, mais pour celui dont on sait qu’il a des chances et que l’on veut donc appuyer : cf Mélenchon face à Hamon en 2017) tue les petits partis. Pourtant, si on demande à un électeur de nous donner le top 3 des partis qu’il préfère, il y a de fortes chances qu’il y ait 2 petits partis dans la sélection. 5% de 40 millions de votants (en France) c’est plusieurs millions de personnes et pourtant, à défaut de gagner bien sûr, il pourrait être important de leur reconnaître une importance.

Il pourrait donc être intéressant de demander aux citoyens de s’exprimer sur tous les partis ? Problème de logistique évident… Mais des systèmes sont apparus ! En Australie, ils utilisent le système de Condorcet, où l’on classe les candidats de son favori à son pire choix.

Les paradoxes de Condorcet et Arrow

                           Pendant la Révolution Française, le célèbre mathématicien Nicolas de Condorcet fit cette proposition de classer les candidats afin que le gagnant soit celui qui gagne quand il est mis face à face à chacun des autres.

Le problème de l’absence possible de gagnant se posa rapidement. « A » peut être préféré à « B », qui peut être préféré à « C » etc… C’est le paradoxe de Condorcet. Pour le régler plusieurs techniques existent, elles sont expliquées sur la page Wikipédia pour les curieux.

Quelques siècles plus tard, l’américain Kenneth Arrow fit la démonstration de l’inefficacité qui avait été mis en lumière par Condorcet. En 1972 il obtint le Prix Nobel d’économie pour son théorème d’impossibilité. Aucune élection ne peut permettre un reflet exact des volontés d’une nation.

Une idée intéressante : le Jugement Majoritaire

               Témoin de toutes ces erreurs, les scientifiques Michel Balinski et Rida Laraki (Ecole Polytechnique) utilisèrent leurs connaissances et une théorie mathématique du MIT de 2011 afin de pondre un nouveau système de vote : le Jugement Majoritaire.

On pose une question telle que « Comment pensez-vous que cette personne dirigera la France ?« . L’idée est ensuite d’attribuer des mentions (parmi les 5 à 7 possibles) à tous les candidats. On y retrouve par exemple : « Très bien », « Plutôt bien », « Passable », Insuffisant » ou encore « A rejeter ». Les votants peuvent attribuer la même mention à plusieurs candidats. Cela permet par la même occasion de ne plus avoir de problème de vote blanc/nul, puisqu’ils sont pris en compte. Le gagnant est celui ayant la mention médiane la plus élevée (50% des gens « -« , 50% « + »).

Billet Jugement majoritaire - exemple de Wikipedia - generation Y

Source : Wikipedia « Jugement Majoritaire »

                         Je ne fais ici qu’une introduction et je ne suis pas spécialiste. Je ne rentrerai pas dans le détail, mais les différents liens de cet article permettent de le faire. Le système a été prouvé mathématiquement comme celui réduisant le plus le paradoxe de Condorcet ! Balinski et Laraki ont écrit un livre à ce propos : “Majority Judgment — Measuring, Ranking, and Electing”. Ils y creusent la démonstration mathématique mais aussi quelques spécificités importantes. Notamment le besoin de questions et réponses littérales ou encore les moyens de poser la question sans influencer le votant.


Merci à tous ! 

Votre citoyen dévoué

Etienne 

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